«Au-delà des modalités: ce que la comparaison des langues vocales et des langues des signes nous apprend sur le fonctionnement des langues» par Clara Lombart (Université Namur)
Conférencière : Clara Lombart (Université Namur)
Titre : « Au-delà des modalités : ce que la comparaison des langues vocales et des langues des signes nous apprend sur le fonctionnement des langues »
Lieu : A-3316
Date : le lundi 26 octobre 2026
Heure : 12h 45 à 13h 45
Résumé :
Pendant longtemps, les modèles linguistiques ont été développés principalement à partir de langues vocales occidentales, étudiées à travers l’écrit (Ferrara & Hodge, 2018; Perniss, 2018). Dans ce contexte, les gestes accompagnant la parole ont souvent été considérés comme des ressources secondaires tandis que les langues des signes ont longtemps été perçues comme de simples systèmes gestuels dépourvus de statut linguistique. Ces perspectives ont évolué avec la reconnaissance des langues des signes comme systèmes linguistiques à part entière dès les années 1960 (Stokoe, 1960), puis le développement des études sur les gestes dans les langues vocales (e.g., McNeill, 1992 ; Kendon, 2014). Malgré ces avancées, ces langues restent étudiées séparément (Gabarró-López & Meurant, 2022), ce qui contribue au maintien de certaines idées préconçues. Par exemple, les mouvements de la tête ou des sourcils sont souvent considérés comme linguistiques en langue des signes, mais secondaires en langue vocale, sans que cette distinction repose nécessairement sur des comparaisons empiriques.
Cependant, les approches dites agnostiques à la modalité proposent de dépasser ces idées préconçues en examinant l’ensemble des ressources utilisées pour communiquer, sans présupposer leur statut ou les hiérarchiser (Hodge & Ferrara, 2022). Cette présentation illustre cette démarche en comparant le marquage prosodique de la structure informationnelle en français et en langue des signes de Belgique francophone (LSFB). Si la prosodie joue un rôle central dans ce marquage (e.g., Féry & Krifka, 2008), elle a surtout été étudiée à travers la parole dans les langues vocales et à travers les ressources manuelles et non manuelles dans les langues des signes. Ces différences, souvent attribuées aux contraintes de modalité (Kimmelman & Pfau, 2021), méritent d’être réexaminées en tenant compte les ressources corporelles utilisées par les locuteurs. L’étude porte plus précisément sur le focus contrastif, qui oppose un élément à une autre alternative et tend à recevoir un marquage prosodique renforcé (e.g., Zimmermann & Onea, 2011). À partir de deux corpus comparables, le corpus LSFB (Meurant, 2015) et le corpus FRAPé (Meurant et al., en construction), les productions de cinq signeurs et cinq locuteurs ont été analysées dans deux tâches.
Les résultats montrent que le focus contrastif reçoit un marquage prosodique plus important que les éléments non contrastifs dans les deux langues. Une convergence majeure entre les deux langues réside dans le rôle central de la durée et des ressources non manuelles pour créer de la proéminence prosodique. Le contraste agit aussi comme un pivot organisant la prosodie de l’énoncé. Cette organisation diffère toutefois selon les langues : le français privilégie un accent final, la LSFB un accent initial tandis que les domaines pré- et post-focaux sont modulés différemment. De plus, le focus contrastif ne repose pas sur des marqueurs exclusifs mais plutôt par différentes combinaisons d’indices prosodiques. Enfin, certaines stratégies, notamment au niveau non-manuel, sont partagées par des locuteurs et des signeurs.
En mettant en évidence à la fois des convergences et des divergences dans l’organisation de la prosodie, cette étude invite à dépasser les oppositions entre modalités et montrent comment la comparaison peut nous amener à reconsidérer nos catégories linguistiques et à envisager les langues comme des ensembles de ressources dont l’utilisation dépend des spécificités linguistiques et des pratiques individuelles.

Date / heure
Lieu
Montréal
Renseignements
- Heather Newell