Comment transformer des incunables en noir et blanc en objets de luxe

Quand, en 1455, Johannes Gutenberg imprima en noir et blanc sa Bible de 42 lignes, dite de Gutenberg, une nouvelle ère s’ouvrit pour la diffusion du savoir. Cette bible devint de facto un incunable, terme qui désigne les livres imprimés depuis les débuts de l’imprimerie jusqu’à l’année 1500. Pour l’histoire du livre, ce passage du manuscrit au livre imprimé déclencha une intense période d’innovations, entre autres, pour la typographie ainsi que la disposition et la décoration du livre.  

Bien qu’encore influencé par le livre manuscrit où la couleur compte, le nouveau livre imprimé en noir et blanc se vit doté de sa propre esthétique par les imprimeurs qui cherchèrent à en rehausser le prestige. Si la grande majorité des livres imprimés allait rester en noir et blanc, certains furent rubriqués, c’est-à-dire ornés de simples lettrines de différentes tailles, surtout rouges, et d’autres éléments servant de repères visuels aux chapitres et paragraphes comme dans les manuscrits.  

Par ailleurs, les imprimeurs réservaient environ une vingtaine d’exemplaires, parfois imprimés sur vélin, pour leur finition à la main.  Cette production était destinée à leurs clients religieux ou laïcs, dont plusieurs étaient bibliophiles. L’acheteur pouvait alors acquérir le livre en feuilles chez l’imprimeur ou un libraire et le faire décorer et relier par les enlumineurs et relieurs de son choix dans une ville souvent très éloignée de son lieu d’impression. Il pouvait aussi l’acheter déjà décoré, quand les imprimeurs se dotaient d’ateliers de décoration, lieux d’une décoration sérielle, laquelle, malgré sa standardisation, laissait encore place à la personnalisation du décor. 

La présente exposition aura été l’occasion de faire plusieurs découvertes sur la finition à la main des incunables provenant à la fois du département des livres rares et des collections spéciales et de la bibliothèque Osler. Ces deux fonds de l’Université McGill constituent l’un des ensembles les plus riches d’incunables au Canada. Il est exceptionnel de pouvoir admirer côte à côte leurs exemplaires respectifs. Au tour des visiteurs d’apprécier ces artistes et la beauté des styles variés de la deuxième moitié du XVe siècle qui ont transformé ces livres de médecine, de science ou de commentaires théologiques à l’allure austère en objets de luxe! 

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Brenda Dunn-Lardeau est professeure associée à l’Université du Québec à Montréal. Elle a publié plusieurs livres et articles sur le Moyen Âge et la Renaissance, dont une édition critique en 1997 de la Légende dorée (Lyon, 1476), récompensée par l’Académie française et la MLA (Modern Language Association). En 2013, elle a reçu le Prix pour l’ensemble d’une carrière de la Société canadienne d’études de la Renaissance. 

Commissaire scientifique : Brenda Dunn-Lardeau (UQAM)

Collaboratrice scientifique : Helena Kogen (UQAM)

Commissaire institutionnelle : Svetlana Kochkina (Osler).

Crédits photographiques : Greg Houston (McGill).

 

Remerciements à Ann Marie Holland, Bibliothécaire agrégée, Conservatrice de la collection d’incunables, Livres rares et collections spéciales, Bibliothèques de l’Université McGill, pour le prêt d’ouvrages et son appui au projet. Nous savons gré au Conseil des Recherches en Sciences humaines du Canada pour le financement de ce projet de recherche sur les incunables enluminés et décorés conservés au Québec.

clockCreated with Sketch.Date / heure

jeudi 5 février 2026
10 h à 17 h
du 21 octobre au 13 mars

pinCreated with Sketch.Lieu

Bibliothèque Osler d'histoire de la médecine
Université McGill, Pavillon McIntyre, 3e étage
3655, promenade Sir William Osler
Montréal H3G1Y6

dollarSignCreated with Sketch.Prix

Gratuit

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